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La mémoire d'un enfant pour un enfant

Shoah_2 Nicolas Sarkozy était l'invité du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France hier soir. Il y a proposé que le devoir de mémoire de la Shoah, du génocide des juifs conduit par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, soit accompli auprès des plus jeunes en permettant à chaque enfant d'aujourd'hui de connaître la vie et le sort d'un seul enfant juif d'alors. Il en parrainerait en quelque sorte le souvenir. Cette idée repose sur une évidence : la mémoire se nourrit autant d'un sentiment fort que d'une raison construite. Il s'agit de répondre à l'inexorable disparition des témoins vivants de ce crime immonde en remplaçant la force de leur récit par une autre émotion directe et personnelle. Il me semble essentiel que l'école de la République considère que c'est sa mission de perpétuer le devoir de mémoire par tous moyens. Simplement, toute initiative de ce type doit être appropriée par les enseignants et les associations mobilisés en leur permettant de la discuter pour la concrétiser. Les discussions seront surement plus féconde que la condamnation.

Commentaires

Raction de Simone Weil : "C'est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste". On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans! On ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter."
Avant de décider ex abrupto de telles décisions iniques, comme il est désormais de coutume avec notre président (cf aides aux pêcheurs, cf quotas de pêche, cf déficit, cf Mital, cf Toul , cf pédophiles etc....), peut être serait il nécessaire de réfléchir. Ce genre de décision mérite un minimum de réflexion, et en tout état de cause, plus qu'un passage dans le tout petit cerveau de notre président. Nous sommes définitivement dans le sordide. J'ai la chance de le voir depuis l'étranger. Quelle n'est pas ma chance de ne pas subir cela 7 jours sur 7.

Désolé pour le caractère un peu brouillon de ma réaction, mais, une fois de plus, les décisions de N. Sarkozy ont le don de mettre hors de soi.

Dramelay, réaction à chaud... mais à froid, qu'en est-il ?

Il ne faut pas oublier ce drame et je crois que tous les enseignants qui ont le sens de leur devoir ont déjà parlé de la shoah. Il est certain que ce sera très difficile pour les enfants de mettre un prénom sur ce crime. Mais de là à ne pas vouloir en parler...

Et puis, on fait référence à la shoah chaque fois qu'on veut appliquer la loi sur l'immigration ; il serait peut-être bon de rappeler que toutes les lois ne sont pas iniques et qu'il serait préfèrable pour toutes ces personnes qui tentent de venir en France qu'on les aide chez elles de façon plus efficace, sans faire de misérabilisme. Et la différence entre la "shoah" et la reconduite à la frontière serait certainement mieux sentie.

Cécile, effectivement, il n'est pas question d'oublier la Shoah. Pour autant, le devoir de mémoire doit il passer par de telles mesures, alors même que des acteurs de ce drame reconnaissent le caractère inadapté (irréfléchi ? ) de la mesure proposé. Ce qui est encore plus choquant c'est qu'une fois de plus elle a été décidé unilatéralement, dans un coin de cervelle présidentielle ou d'un sombre conseiller irresponsable (au sens politique), sans concertation, sans débat, et sans transparence. J'attends mieux d'une démocratie, surtout lorsqu'il s'agit de l'éducation. Avant d'imposer à un enfant de CM2 la mémoire d'un enfant mort il y a 70 ans, peut être serait il nécessaire d'agir avec précaution.

Si on m'avait demandé mon avis, j'aurais plutôt proposé la lecture du journal d'Anne Franck.

Maintenant, Simone Veil a connu la shoah ; mais elle n'est pas la seule ; il ne faut pas l'oublier.

Il serait bon aussi d'expliquer que la tolérance n'est pas un gros mot et qu'il y a eu des communistes et des homosexuels qui sont morts dans les camps ; et d'eux, on en parle très peu.

Dans ces conditions, Cécile, vous conviendrez qu'une telle mesure doit être réfléchie et non pas lancée aussi brusquement (à moins que l'on ne recherche que l'effet comm'....)

Le véritable problème de cette annonce n'est pas tant son objectif (faire comprendre la Shoah) que la méthode utilisée. Nous sommes clairement dans un outil émotionnel (tisser un lien affectif entre deux petits garçons, à deux époques différentes.
Le but atteint risque de ne pas être celui souhaité: il n'y aura pas compréhension historique de la Shoah, mais plutôt une incompréhension totale qui risque de faire naître des sentiments (eh oui, pas une réflexion mais des sentiments) difficiles à canaliser. Je ne parlerai pas de "traumatisme", pour autant, mais en tout cas de sérieux doutes sur la viabilité de notre monde et de ses valeurs, ce qui pourrait finalement provoquer l'inverse de l'effet désiré.
Cette mesure, lancée à la va-vite (comme d'autres), prime sur l'affectif et non sur la connaissance historique. Je suis de ceux qui considèrent que l'Histoire n'est pas là pour donner des leçons, mais que c'est à nous de les construire en la connaissant parfaitement. Si on fait de l'Histoire une vague fable axée sur la morale et les bons sentiments sans voir les enjeux et les dangers cachés derrière chaque événement historique, on ne fait que construire un mythe républicain de plus qui s'inscrirait durablement dans l'esprit des générations futures, avec des conséquences que le Président Sarkozy ne semble pas mesurer.
Prudence, donc... Un réajustement de son discours est plus que souhaitable.

Et puis, se tourner toujours pour regarder son passé... ça devient tellement lourd !

Aujourd'hui, on croirait qu'on ne doit regarder que derrière soi et on oublie qu'on vit dans le présent et qu'il y a beaucoup à faire pour que le présent et l'avenir ne soient pas aussi noirs que le passé !

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